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Asie du Sud-Est : construire sobre face aux crises énergétiques
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Un musée rénové et plus sobre au Laos, des centres de formation bien conçus à Phnom Penh, un laboratoire d'IA pensé pour sa performance énergétique : alors que la sobriété énergétique des bâtiments devient essentielle en Asie du Sud-Est, le programme Peeb Asean accompagne des projets qui montrent qu'une autre façon de construire ou rénover est possible.
Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, les Philippines ont déclaré l'état d'urgence énergétique nationale. Importatrice à 98 % de son pétrole depuis le Moyen-Orient, Manille voit, comme ses voisins, l'enjeu de sobriété énergétique des bâtiments prendre une importance inédite pour traverser la crise.
Le pays doit rationner la consommation d'énergie de ses administrations, annuler des déplacements, basculer ses réunions en virtuel… Le cas philippin illustre une vulnérabilité que l'ensemble de la région partage. Face à des besoins en énergie qui ne cessent de croître, la réponse la plus robuste n'est pas seulement de diversifier les sources d'approvisionnement, mais aussi et surtout de consommer moins. Dans une région où les bâtiments représentent près d'un quart de la consommation finale d'énergie, réduire l'empreinte énergétique du bâti public n'est pas seulement une question climatique ; il s'agit d'un enjeu de souveraineté et de sécurité énergétique.
Un contexte régional sous pression
L'Asie du Sud-Est est l'une des régions du monde où la croissance des besoins en infrastructures est la plus rapide. Urbanisation accélérée, montée en puissance des classes moyennes, rattrapage des services publics : des millions de mètres carrés de bâtiments sortent de terre chaque année. Sans inflexion, la consommation énergétique du secteur pourrait croître de 90 % d'ici 2050, dans un climat tropical où la demande en refroidissement devrait déjà représenter 30 % de la consommation électrique régionale d'ici 2035.
Des réponses politiques émergent : codes de construction en Thaïlande et en Indonésie, objectif de 80 % de bâtiments verts à Singapour d'ici 2030, cible régionale de réduction de l'intensité énergétique de 32 % avec l'Apaec (le Plan d'action pour la coopération énergétique de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est - Asean). Néanmoins, ces réponses butent encore sur l'absence de standards harmonisés et des mécanismes de financement insuffisants dans les pays à revenus intermédiaires. C'est précisément ce chaînon manquant que le programme Peeb Asean (Programme d'efficacité énergétique dans les bâtiments pour les pays d'Asie du Sud-Est) cherche à combler.
Officiellement lancé en juin 2024 et prévu jusqu'en 2028, il est mis en œuvre en partenariat avec l'Asean Centre for Energy et financé par l'AFD. Son pari : faire des bâtiments publics un levier de transformation sectorielle, en combinant appui aux politiques nationales, assistance technique aux maîtres d'ouvrage et subventions d'investissement ciblées.
Trois projets, trois typologies
Sur le terrain, cette approche se traduit par des projets concrets dans des contextes très différents.
Au Laos, le musée de Savannakhet fait l'objet d'une rénovation intégrant une conception bioclimatique et résiliente aux risques climatiques extrêmes grâce au Peeb Asean. Le projet, baptisé Champa, démontre qu’il est possible de concilier préservation du patrimoine et ventilation naturelle. Pour un pays où les ressources publiques sont limitées et l'expertise technique encore rare, le modèle compte : réduire la facture énergétique d'un bâtiment patrimonial, c'est aussi libérer des marges de manœuvre pour son entretien à long terme.
Au Cambodge, le Peeb Asean accompagne deux projets aux profils distincts. Le premier porte sur des centres de formation professionnelle aux métiers de l'industrie. Cofinancé avec la Banque asiatique de développement, il couvre plusieurs établissements à Phnom Penh et Koh Kong. L'assistance technique Peeb intervient en phase de conception pour ancrer les standards d'Efficacité énergétique dans les bâtiments (EEB) avant que les arbitrages techniques ne soient figés : c'est là que se joue l'essentiel.
Le second est plus inédit. L'AFD envisage de financer la construction du futur Centre national d'intelligence artificielle du Cambodge. Ce laboratoire national constituerait un signal fort dans la région : les infrastructures numériques, elles aussi, peuvent être conçues dès l'origine avec des exigences de performance énergétique élevées. Le Peeb Asean est déjà engagé en amont, sur le budget d'assistance technique, pour que la pré-programmation architecturale intègre ces critères. Le programme pourrait accorder une subvention d’investissement au projet, dont le montant sera calibré en fin de conception en fonction de la performance énergétique du bâtiment.
Le bon moment pour agir
Ces trois projets illustrent une logique commune : intervenir tôt, avant que les plans ne soient définitifs et les habitudes prises. Améliorer l'efficacité des enveloppes et systèmes de bâtiments pourrait permettre une réduction de plus de 60 % des émissions CO2 du secteur bâtiment d'ici 2040 par rapport à 2020. Mais cela suppose d'agir maintenant, pendant la phase de construction massive que traverse la région.
Les bâtiments publics ont un rôle particulier à jouer dans cette dynamique : financés sur fonds publics, visibles, réplicables, ils peuvent devenir des références pour l'ensemble du secteur.
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