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Christophe Buffet : « Considérons l’adaptation climatique comme une trajectoire et non comme une somme de solutions »
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Christophe BUFFET Chargé de recherche sur l'adaptation
Comment et jusqu'où pouvons-nous encore nous adapter ? C'est le sujet de la 17e édition de la conférence internationale de recherche sur le développement, organisée les 6 et 7 octobre 2026 à Paris par le groupe AFD dans le cadre de la présidence française du G7. Elle réunira des chercheurs et chercheuses de premier plan aux côtés de décideurs publics, praticiens du développement et représentants d'institutions internationales. C'est dans ce cadre que Christophe Buffet, chercheur spécialiste de l'adaptation climatique à l'Agence française de développement, défend une approche plus stratégique des politiques d'adaptation au dérèglement climatique.
Comment accélérer aujourd’hui l'adaptation au changement climatique ?
Christophe Buffet : Le premier chantier est financier. D’après le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP), les flux publics internationaux vers les pays en développement pour l’adaptation sont redescendus à 26 milliards de dollars (23 milliards d’euros) en 2023, alors que les besoins sont estimés entre 310 et 365 milliards par an d'ici 2035. Il y a aussi un enjeu de qualité : malgré des progrès récents, le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] constate que les financements sont souvent fragmentés en projets à petite échelle, limités à un secteur et souvent focalisés sur les impacts à court terme.
Le deuxième chantier est de considérer l’adaptation comme une trajectoire et non comme une somme de solutions isolées. Nous devons combiner la bonne palette de mesures, les échelonner dans le temps et identifier les seuils d’alerte à partir desquels une stratégie doit évoluer.
« Comment et jusqu’où pouvons-nous encore nous adapter ? Savoirs et sociétés face aux défis de l’adaptation »
Enfin, il faut savoir mesurer les progrès. L'adoption des 59 indicateurs de Belém à la COP30 est une étape importante, mais leur mise en œuvre reste un chantier considérable. De plus, ils ne disent pas qui bénéficie de l'adaptation, qui en est exclu, voire qui en subit les effets. Pour compléter le tableau, des approches qualitatives sont nécessaires.
Par exemple, la méthodologie GAP track, développée par l’Iddri avec le soutien du programme AdaptAction de l’AFD, permet de suivre et d’évaluer les efforts faits (identification des risques futurs et actuels, définition et mise en œuvre de plans d’adaptation, etc.) pour comprendre s’ils sont efficaces. Dans le cadre du projet de recherche Track Adapt, l’AFD réfléchit aujourd’hui aux façons d’adapter cet outil aux villes, en partenariat avec deux municipalités d’Afrique du Sud exposées aux risques climatiques.
Quels programmes de développement peuvent nous inspirer sur ce sujet de l’adaptation ?
C.B. : Je pense bien sûr à AdaptAction que l’AFD met en œuvre depuis 2017 auprès de pays particulièrement vulnérables, autour d'un triptyque : comprendre, planifier, investir. Autrement dit, AdaptAction soutient des travaux de recherche pour mieux définir les contours de l’adaptation, qui évoluent au fil du temps.
Ce programme soutient les efforts de vingt pays partenaires pour intégrer l’adaptation dans chaque secteur tout en les formant sur le sujet et en favorisant les échanges entre eux. C’est le cas par exemple entre plusieurs ministères des Finances en Afrique francophone. Il aide également à préparer des projets solides en finançant des études de faisabilité. Ces dernières ont débouché sur plus de 1,2 milliard d’euros de projets financés par des bailleurs internationaux.
L’accès au financement de l’adaptation est aujourd’hui crucial, dans les négociations internationales comme sur le terrain, et le groupe AFD est particulièrement bien placé pour accompagner cela. AdaptAction accompagne ainsi l’approfondissement des relations entre les ministères des Finances et de l’Environnement, la préparation de projets à financer par le Fonds vert pour le climat, ou encore l’accréditation directe à des fonds climat.
Quelles réponses la science apporte-elle à ces enjeux ?
Les données scientifiques sur les évolutions du climat et les impacts sur les territoires et l’économie restent des socles incontournables. Néanmoins, on nourrit parfois l’illusion qu’il faudrait systématiquement de nouvelles données pour de meilleures décisions. En réalité, ce qui freine aujourd'hui l'adaptation relève sans doute moins d'un déficit de données que d'un déficit de sciences humaines et sociales mobilisées en amont des décisions : comment arbitrer entre les usages de l'eau ? Comment décider qu'un territoire devient inhabitable ?
Ces questions de gouvernance ne se tranchent pas simplement avec des projections, mais avec des nouvelles méthodologies pour co-construire des solutions et réduire les risques de maladaptation – certains parlent même de l’adaptation comme un nouveau contrat social à établir. La recherche aide aussi à élargir nos imaginaires, parfois réduits à une liste de solutions techniques. Par exemple, les risques transfrontaliers étaient insuffisamment pris en compte, jusqu’à ce que l’inondation dévastatrice au Népal fin août vienne concrétiser ce risque dans les esprits. Une publication récente de l’AFD, qui s’appuie sur les travaux du consortium Adaptation Without Borders, propose justement un cadre pour mieux intégrer ces risques aux politiques climatiques et aux projets d’adaptation.
Tout cela nécessite des échanges entre chercheurs, praticiens et décideurs du monde entier. C'est tout l'objet de la conférence de recherche que l'AFD organise les 6 et 7 octobre 2026 avec la Paris Climate School de Sciences Po : Comment et jusqu'où pouvons-nous encore nous adapter ?
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